Entreprise familiale : le fondateur toujours là, dont plus personne ne demande l’avis

Vous avez passé la main, et le lundi matin, le téléphone ne sonne plus. Personne n’a rien décidé contre vous. C’est simplement que l’on a cessé, avec beaucoup d’égards, de vous demander votre avis.

Ce que l’on appelle une entreprise familiale

Une entreprise familiale est une entreprise dont la famille détient au moins la majorité des droits de vote (25 % suffisent, pour les sociétés cotées) et dont le destin se confond, en partie, avec celui de ses membres. En France, elles représentent environ sept entreprises sur dix et près de sept emplois sur dix, selon le baromètre EY. Ce chiffre dit leur poids économique. Il ne dit rien de ce que vit celui qui les a fondées au moment de s’effacer.

Un retrait que tout le monde a voulu, et que personne n’a décrit

Le baromètre de la transmission publié par EY, For Talents et FBN France en septembre 2026 rapporte que 87 % des dirigeants disent avoir engagé une transmission, alors que 6 % seulement ont réellement passé le relais. L’écart est instructif : on prépare longtemps, on lâche rarement tout à fait. Le fondateur qui a effectivement transmis se trouve donc dans une situation peu commune, et peu accompagnée.

Son patron d’hier, devenu simple actionnaire ou président d’honneur, garde un bureau, parfois, et un nom sur la façade. Mais les réunions se tiennent sans lui, les décisions lui sont annoncées plutôt que soumises, et chaque conseil qu’il donne est reçu avec une politesse qui ressemble à une réserve.

S’imposer ou se taire : deux manières de perdre

Parler, c’est risquer d’être entendu comme une ingérence, alors que l’on voulait seulement être utile. Se taire, c’est se vivre comme un absent dans une maison que l’on a bâtie, et prendre le silence des autres pour un jugement.

Entre les deux, beaucoup de chefs d’entreprise choisissent une troisième voie, discrète et coûteuse : ils se rendent disponibles, attendent qu’on les sollicite, et interprètent chaque non-sollicitation comme une réponse. La question véritable ne se formule presque jamais : à quoi sert-on, désormais, quand on n’a plus à décider ?

Une phrase à retenir

Le fondateur d’une entreprise familiale qui a transmis ne perd pas seulement un pouvoir : il perd le lieu où sa valeur était confirmée chaque jour, et il lui faut apprendre à exister sans cette confirmation.

Ce qui peut déjà changer

Dire à la génération suivante, une fois, ce que l’on souhaite : être consulté sur certains sujets, jamais sur d’autres, ou ne l’être qu’à la demande. Cette clarté soulage les deux parties, qui hésitent souvent chacune de leur côté à franchir la ligne. Quant au vide lui-même, il gagne à être travaillé avec un tiers qui n’a d’intérêt ni dans l’entreprise ni dans la succession.

Si vous reconnaissez dans ces lignes votre propre lundi matin, il existe un lieu pour en parler sans que cela pèse sur la famille. Frédéric Duplessy est psychanalyste des dirigeants et de leur famille. Il reçoit, en toute confidentialité, les fondateurs et les seniors qui cherchent à comprendre ce que devient leur place une fois la transmission réalisée.

Voir aussi, sur le même site : vendre plutôt que transmettre, ce que le fondateur senior n’ose pas dire

Suivant
Suivant

Succession d’entreprise familiale : le collaborateur de confiance qui organise tout, sauf sa propre place